Reportages

Quelle réforme pour le foot amateur ?

Repoussée à la fin de l'année, la réforme du football amateur qui prônait une réduction des clubs évoluant en National, CFA et CFA 2 était loin de faire l'unanimité. Pourtant, la situation de nombreux clubs tend à considérer que la situation ne peut plus durer. Mais si ce constat est partagé par tous, les solutions, elles, ne le sont pas. Notre enquête au cœur d'une révolution en cours.



L'ancien président de La Vitréenne Pierrick Bernard-Hervé (à gauche) représente aujourd'hui l'association des clubs nationaux bretons, à l'origine du report de la réforme. (Photo : Ouest-France)
L'ancien président de La Vitréenne Pierrick Bernard-Hervé (à gauche) représente aujourd'hui l'association des clubs nationaux bretons, à l'origine du report de la réforme. (Photo : Ouest-France)
Trente-cinq ans après une première réforme (1977-78) qui avait instauré un niveau intermédiaire (la D4, entre la D3 et la DH), la FFF entend faire machine arrière pour resserrer une élite amateurs qui a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. En passant de 220 à 170 clubs entre le National, le National 2 et le National 3 (nouvelles appellations), l'instance dirigeante se défend de vouloir faire des économies sur le dos des clubs amateurs. Elle espère surtout rendre plus viable financièrement et plus intéressante sportivement l'antichambre des pros. Repoussée lors de l'assemblée générale du 29 mai dernier, cette réforme sera réexaminée et représentée en décembre prochain… Entre-temps, comme il nous le confirme plus bas, Fernand Duchaussoy, le président de la LFA (Ligue du Football Amateur), entend profiter de ces mois supplémentaires pour affiner sa réflexion et surtout, mieux expliquer la logique de propositions qui sont mal passées auprès des clubs. En Bretagne, l'association des clubs bretons est même montée au créneau assez violemment, en a appelé à tous les Districts et toutes les Ligues pour faire barrage à un projet qui, selon elle, ne peut que renforcer la précarité de beaucoup de clubs. Pourtant, tous considèrent que la situation est préoccupante. La DNCG considère même dans un rapport récent que tous les feux sont au rouge dans beaucoup de clubs de National et de CFA, où la moyenne de spectateurs peine à parvenir à la centaine, où la crise prive les clubs d'une part non négligeable de sponsors et où la prochaine réforme territoriale risque de priver le football amateur des subventions des conseils généraux et régionaux.
Toutes les fins de saison sont ainsi rythmées par les décisions prises par la DNCG. De rétrogradations en encadrement de la masse salariale, la saison est souvent loin d'être terminée quand l'arbitre siffle la fin de la dernière journée de championnat. C'est dans ce contexte dépressionnaire que Fernand Duchaussoy, ancien président de la Ligue du Nord qui se positionne en "défenseur du football amateur", a souhaité cette réforme. "Il y avait opportunité à changer les choses."

Pendant que la LFP réduit son aide au foot amateur, la FFF signe un contrat de 320 millions d'euros avec Nike…

Les primes allouées aux joueurs de l'équipe de France pour la Coupe du Monde font débat, pendant que le football amateur tire la langue financièrement... (photo : La Provence)
Les primes allouées aux joueurs de l'équipe de France pour la Coupe du Monde font débat, pendant que le football amateur tire la langue financièrement... (photo : La Provence)
Mais le fait est que le moment n'était peut-être pas aussi bien choisi que ça. La dernière Assemblée générale a repoussé la décision à la fin de l'année sous la pression des clubs pros qui, soudainement, se sont réveillés quand bien même ils avaient refusé jusqu'à présent de se positionner. Recroquevillés sur leurs intérêts, les pros ne sont pas favorables à un resserrement de l'élite amateur qui risquerait de repousser leur équipe réserve encore un peu plus loin de leur équipe professionnelle. Déjà, de plus en plus de réserves, à l'image de Strasbourg, Montpellier, Grenoble et Bordeaux, rétrogradés cette saison en CFA 2 (le pire étant l'OM, repoussée jusqu'en DH), ont du mal à concilier formation et compétition. La baisse de l'aide de la LFP au Fonds d'Aide au Football Amateur, qui était de 17 millions d'euros par saison et qui est passé à 12,5 millions, a également brouillé le message et largement parasité le vote d'une réforme que d'aucuns estiment avant tout faite pour faire des économies. "C'est faux et archi-faux", s'emporte Fernand Duchaussoy, qui rappelle que le gâteau sera exactement le même mais partagé entre moins de clubs. Ainsi, avec 50 clubs en moins à écouler sur trois ans pour un tableau définitif prévu en 2014-2015, la répartition sera plus favorable aux 170 restants, dont certains ont un statut professionnel et ne sont donc pas concernés. Poussé par une réalité financière inquiétante et par une logique sportive qui tend à revaloriser la DH (le championnat d'élite de chaque Ligue), le patron du foot amateur ne désespère pas de parvenir à ses fins et de convaincre tous les sceptiques que leur salut passe par "une vraie réforme et pas une réformette".

Le foot pro en veut toujours un peu plus et se réfugie trop facilement derrière la crise pour réduire ses aides vers un foot amateur qui a trop tendance à vivre au-dessus de ses moyens…

A sa décharge, on peut considérer que ceux qui se plaignent souvent d'un manque de moyens au sein des meilleurs clubs amateurs, sont aussi souvent ceux qui se laissent aller à offrir des salaires parfois démesurés à des joueurs sans aucun autre retour sur investissement que de faire monter un peu plus les enchères. S'il paraît normal de rémunérer des joueurs en National ou en CFA, ça l'est moins en CFA 2 et en DH, où l'impact médiatique et économique des clubs est parfois très confidentiel. Les présidents qui préfèrent investir à perte sur des joueurs mercenaires sont certainement aujourd'hui les moins bien placés pour reprocher à Fernand Duchaussoy de réduire l'assiette des clubs fédéraux. En même temps, comment ne pas être interpellé par les sommes entendues lors de la dernière assemblée générale de la FFF à Lille, qui entérinait le versement d'une indemnité de plusieurs millions d'euros aux Girondins de Bordeaux pour débaucher Laurent Blanc, qui enregistrait la signature d'un contrat de 320 millions d'euros (sur la période 2011-2018) avec l'équipementier Nike (42 millions par an contre 10 millions avec Adidas), et validait les primes allouées à chacun des joueurs de l'équipe de France en cas de victoire finale en Afrique du Sud (entre 250 et 300 000 euros, eux qui avaient déjà reçu des primes de qualification plus que substantielles et qui sont de toute façon déjà assis sur des salaires mirobolants)… Entre un foot pro qui en veut toujours un peu plus et qui se réfugie trop facilement derrière la crise pour réduire ses aides vers la base et un foot amateur qui a parfois trop tendance à vivre au-dessus de ses moyens, le but de la réforme à venir sera de trouver un juste compromis. Entre le marteau et l'enclume, la position de Fernand Duchaussoy n'est pas forcément la plus confortable. Mais c'est dans ces épreuves de force que se révèlent toujours les grands dirigeants…

A suivre demain : l’interview de Fernand Duchaussoy

La situation aujourd'hui :
- National : 20 clubs (trois montées, quatre descentes)
- CFA : quatre poules de 18 clubs (une montée et trois descentes par poule)
- CFA 2 : huit poules de 16 clubs (une montée et quatre descentes par poule)
Total : 220 clubs

La situation demain ?
- National : 20 clubs (trois montées et trois descentes minimum, six maximum)
- CFA : trois poules de 18 clubs (trois montées minimum, six maximum et quatre descentes par poule)
- CFA 2 : six poules de 16 clubs (deux montées et quatre descentes par poule)
Total : 170 clubs



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Dans la même rubrique :

« »